12 octobre 2006
JEREMIADES
De ma pratique des autres, j'ai remarqué que certaines personnes sont des suceuses d'énergie.
Il fut un temps, où je me disais que c'était bien, qu'elles osaient se dire, réclamer de l'aide...
Au fil du temps, je me suis aperçue, qu'elles ne demandaient pas d'aide. Certes, leurs discours étaient formulés sous forme de questions ou plutôt d'appels au secours du genre "que me conseillez vous?" ou "je ne sais pas quoi faire" ce qui revient au même. Mais en étudiant leur comportement suite aux réponses obtenues, j'ai réalisé que ce ton geignard était leur mode de communication.
Que pour être intéressantes de leur point de vue, il fallait qu'elles aient l'air en souffrance (réelle ou simulée), mais qu'elles ne mettaient pas en pratique les conseils que leur avaient donné ceux qui avaient été interpellés par leurs plaintes.
Cela m'a amenée à me poser deux questions.
La première: pourquoi certaines personnes je devrais dire la majorité, et surtout les femmes, se sentent elles obligées de gémir dès qu'elles croient qu'elles ont trouvé une oreille attentive?
La deuxième: pourquoi les gens sont ils plus attirés vers celui qui a besoin d'eux que par celui qui a l'air épanoui?
Je crois que les premières fois qu'on est confronté à ça, en tout cas, c'est ce qui s'est passé pour moi, on a envie de soulager l'autre, les autres.
J'ai écouté, répondu, demandé des nouvelles...mais au bout d'un moment, c'était comme un puits sans fond.
"Donne....., donne encore....., et encore.....
Et surtout, n'inverse pas les rôles, car tu vois bien que je suis trop préoccupé de mon mal pour prêter attention au tien...
Je prends ton énergie, mais continue de te tenir droite.."
Voilà ce qu'il me semblait entendre..., ce qu'il me fallait comprendre...Au bout d'un moment, j'ai commencé à porter attention à ceux qui restaient en lisière, se préservaient de ces dévoreurs de vitalité....Et progressivement, je me suis mise à faire de même..Il m'arrive encore d'éprouver un petit sentiment de culpabilité, mais c'est de plus en plus rare...
11 octobre 2006
RETRAIT
Lorsqu'on a éprouvé ce que les relations humaines peuvent avoir de fragile, de superficiel..;je crois qu'il peut être légitime d'avoir envie de se retirer...
Souvent, on pense que les gens qui n'ont pas besoin des autres sont seuls et (ou) vides...je crois au contraire que c'est l'inverse, il est beaucoup plus facile de se passer des autres quand on a une vie intellectuelle intense, des engagements, des projets, quelque chose à réaliser...
Je sais que pour ma part, sans être une anachorète, les relations superficielles ne m'intéressent absolument pas, et comme 95% d'entre elles le sont...mais je crois aussi que c'est en prenant de l'âge qu'on peut se rendre compte de ça ...
De l'importance de vrais rapports, profonds, chaleureux, enrichissants...basés sur des questionnements au sujet de notre humanité...
Bon, mais j'y reviendrai je pense..
Au cours de ma vie, je me suis souvent aperçue que les gens qui voulaient juste me classer: nom, âge, profession, ne m'apportaient pas grand chose, et que je ne risquais pas de leur apporter grand chose non plus, vu que ce n'étaient pas mes opinions sur différents sujets ou mes options et mon éthique qui les intéressaient....juste me classer dans un tiroir mental...
Et moi, c'est justement tout le reste qui m'intéresse, et il m'arrive d'être très amie, de partager énormément de valeurs avec des personnes dont j'ignore même le prénom, et encore plus la profession. C'est leur humanité qui m'intéresse, à propos de quoi elles s'enthousiasment ou prennent faits et causes...
Comme ce genre de relation n'est pas évident, je préfère être seule...
Du reste, je ne dis jamais "je m'ennuie", parce que lorsqu'on dit je m'ennuie, le M' étant là pour ne pas qu'il y ait répétition, pour ne pas que j'écrive Renard ennuie Renard, dire je m'ennuie, équivaut à dire que je me trouve ennuyeuse...et ce n'est pas le cas...
Comme tout le monde je pense, il y a eu une époque dans ma vie, où j'ai souscrit à la parade sociale, j'ai perdu du temps, et de belles soirées de lecture ou d'études à être en compagnie de gens à qui je n'avais RIEN à dire...et pas envie de prouver quoi que ce soit...
Parallèlement, j'ai réalisé que je n'avais qu'une vie, qu'elle était courte, et qu'elle passait vite....alors, j'ai fait mon choix...
SOIREE
Il fait doux dans la pièce.
Les volets sont baisés, les rideaux tirés. Il fait juste assez bon pour ne pas avoir besoin d'allumer le chauffage.
Un film à la télé, je ne le regarde pas, je l'ai juste mis car l'émission qui passera juste après le film m'intéresse, et j'ai peur, si je n'entends pas l'annonce, de l'oublier...
Je suis bien. Si le bonheur est l'absence de malheur, alors, je vis le bonheur en ce moment.
Mon esprit vagabonde, et je pense aux nombreuses personnes qui sont en train de regarder ce film ou un autre. Certaines sont accompagnées, certaines, sont entourées mais seules, d'autres encore, sont complètement seules, sans un regard vers lequel se tourner.
Je me demande parfois si ma vie avait bifurqué autrement, si je serais accompagnée aujourd'hui...
Ce n'est pas de la nostalgie, juste une question que je me pose..
10 octobre 2006
COLERE
Colère de la journée.
Dans le jardin où je promène mes chiens, il y a une allée où donnent l'arrière des immeubles de la rue voisine.
L'un deux abrite une école de danse, et il est soutenu par un genre de pilotis sur l'arrière.
Depuis quelques jours, des SDF y ont trouvé refuge, ça leur fait une espèce de grotte où ils peuvent s'abriter de la pluie avec leurs chiens.
Ok, les chiens ne sont pas tendres, mais le jardin est assez grand pour que j'aille promener les miens ailleurs.
Ce matin, je tombe sur deux mèmères là où j'ai choisi d'aller, un chemin abrité du soleil, et calme.
Et les voilà qui se mettent à se lamenter sous prétexte que l'autre bout du chemin, (celui que j'évite) est infréquentable à cause des nouveaux "locataires".
Une d'elles ajoute: "mais nous avons tous commencé".
Je lui demande ce qu'elles ont commencé, et elles me dit: "à téléphoner aux flics pour qu'ils viennent les déloger"
Je lui réponds que je me trouve bien chanceuse d'avoir un appart, même si je l'ai payé avec le travail d'une vie, que je ne vais pas inviter ces SDF chez moi, alors, que je ne vais quand même pas aller les dénoncer pour qu'ils perdent le seul endroit abrité qu'ils ont.
L'autre commère surenchérit: "mais, nous l'avons fait l'an dernier quand Pierre y avait élu domicile, et C. d'ajouter "oui, et il en est mort du reste"
Là, la colère m'a pris, et je leur ai dit que je préférais partir avant de me mettre à vomir.
Ce qui m'a épouvantée, c'est la tranquillité avec laquelle C. a évoqué la mort de misère de Pierre avec lequel elle discutait parfois, mais qui non seulement n'avait pas hésité à le dénoncer quand il avait voulu s'abriter "dans son espace", mais en plus s'apprête à réïtérer la chose...
Où allons nous.....