MON TERRIER

Textes d'après photos

11 novembre 2006

ONZE NOVEMBRE

11novembre

Photo de Domdel

Texte de Renard

-C'est quoi ces bâtons blancs qu'on voit là-bas?
-Je ne sais pas, mais j'ai ma petite idée..
-Tu me la dis?
-Je crois que ce sont des cheminées
-Des cheminées!!!
-Oui, des cheminées.
-Des cheminées de quoi?
-Ben, des maisons des fées pardi!
-Bof!!...Et comment tu sais ça?
-Parce que
-Parce que quoi?
-C'est à cause de grand-mère
-Elle t'a dit que ce sont des cheminées de fées???
-Non
-Alors, pourquoi tu dis que c'est à cause d'elle?
-Parce que des fois, je l'ai vue venir ici
-Et alors?
-Ben, elle s'essuie les yeux
-Et alors?
-Tu sais bien...elle dit souvent "si une fée pouvait m'écouter pour ceci ou cela"
-Et puis?
-Mais tu ne comprends vraiment rien!
-....
-Réfléchis: les fées ne l'ont jamais écoutée, puisqu'elle les attend toujours, alors, je pense qu'elle doit aller leur demander pourquoi elles sont méchantes avec elle, et elle pleure...

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10 novembre 2006

LA PANNE

lapanne

Photo de Domdel

Texte de Renard

Ils avançaient tous les deux sur l’esplanade déserte, en évitant de se regarder.

Lui, imaginait qu’il marchait aux côtés d’une ravissante créature lianeuse, juste vêtue d’une robe longue légère et fleurie.
Elle, essayait de croire que l’homme à côté d’elle avait les traits d’Omar Sharif qu’elle avait adoré étant jeune, et qui ma foi, avait très bien vieilli…..

Il va me tenir par la main, nous regarderons le ciel, les bâtiments, et lorsqu’il verra que je me fatigue, il m’emmènera dans un des bars les plus huppés de la ville et me demandera quel spectacle je voudrais voir avant d’aller souper quelque part…

Elle va me dire que nous marchons à l’amble, et qu’elle apprécie vraiment cette promenade à mes côtés…

Ils avançaient sans mot dire.

Il aurait tant voulu avoir les traits et surtout la silhouette d’Omar Sharif.. . Elle lui en avait parlé autrefois, à l’époque où ils avaient encore des conversations interminables sur tout, sur rien…Mais les années avaient passé, et il savait à présent qu’il n’approcherait jamais de cette ressemblance. De toutes façons, à part pour règler le quotidien, ils ne se parlaient plus.

Elle, se sentait boudinée dans son pantalon serré, mais si pratique. Elle avait bien songé à mettre une robe longue et légère pour sortir, mais elle avait conscience qu’elle aurait davantage ressemblé à un abat-jour qu’à une de ces créatures filiformes sur lesquelles elle voyait ses regards s’attarder de plus en plus fréquemment.


Ils avançaient et se sentaient de plus en plus incongrus.

Eux, pas grands, à la silhouette vieillie, au pas ralenti, avec leur silence, au milieu de cette place aérée, entre les immeubles sévères aux fenêtres desquels il leur semblait voir tous les rideaux bouger..….Ils auraient voulu être jeunes, sveltes, et se mettre à valser comme ça, en riant...

Il lui dit alors, toujours sans la regarder : « Il y a un bistrot à l’angle de cette rue, tu n’as pas envie d’une bière ? Mais il ne faudra pas s’attarder, le match va commencer », et avec sa voix de tous les jours, elle répondit « tu as raison, d’autant que j’ai du repassage à finir ».

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05 novembre 2006

1- DE LA LENTEUR

DSC01071

Tu as décidé d'explorer chaque recoin de cette ville où tu habites depuis peu, mais que tu n’as jamais eu le temps de visiter.

Tout d’abord, commence par humer la ville, l’appréhender dans sa globalité, deviner ses humeurs.

Tu marcheras le long des quais, lentement, pour ne pas rater la floraison des chèvrefeuilles et des passiflores.
De temps en temps, tu regarderas en contrebas du quai, là où seuls les audacieux s’aventurent, car il faut emprunter des échelles condamnées qui descendent à pic. Il y a peu, ce chemin en contrebas était entièrement recouvert par les eaux de la Garonne, mais il est maintenant dégagé, et tu pourras déjà y apprécier la nonchalance si spécifique aux gens habitués au soleil.

Pendant un temps très court, ton chemin va s’éloigner de la bordure du quai, mais tu vas te trouver en face de la vieille fabrique de tabac en briques rouges, et dans le même temps, tu te régaleras des effluves des éléagnus dont même les feuilles sentent bon. Et juste après avoir traversé une minuscule roseraie, tu te trouveras sur la place saint Pierre, considérée comme la plus festive de la ville.
Si tu la traverses, tu seras devant la basilique Saint Pierre des Cuisines, transformée en auditorium et dans laquelle, lorsque tu en sentiras le besoin, tu pourras venir écouter un concert tous les dimanches vers onze heures.

Depuis cette basilique, un choix sera nécessaire, car il te faudra décider si tu traverses les jardins qui l’entourent pour aller vers Saint Sernin et juste à côté, le musée des antiques.
Ou si, tu prends une des nombreuses petites rues dans lesquelles tu auras l’impression de t’enfoncer, jusqu’à la grande ouverture de la place du Capitole.
Ou si tu poursuis ton périple en longeant les quais.

Je te laisse réfléchir sur la direction à prendre, sachant que quel que soit ton choix, tu iras de découvertes en ravissements.

A bientôt pour la suite...

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04 novembre 2006

2- DE L'ATTENTION

PromenadeHenriMartin

a) Autour de toi.
Tu vas simplement regarder les façades vieux rose, bordées de gouttières bleu-gris.
D’un édifice à l’autre, le ton change. D’une heure à l’autre, le ton change. Suivant le temps, le ton change…Dès que tu vois une porte, tu sais, ces portes cochères qui datent d’il y a très longtemps, entre…
Sans hésiter, franchis la, ces cours intérieures sont souvent éblouissantes de trésors cachés.
Et puis, toujours, tu auras le cours du fleuve qui attire le regard, les immenses troncs d’arbres qu’il charrie, ses berges où les beaux jours, une foule hétéroclite est assise ou allongée sur l’herbe ce qui confère à cette ville une ambiance estivale, même en hiver.

b) Le nez en l’air.
N’oublie pas de lever le nez…Dans les cours intérieures, où tu seras surpris de la splendeur de certains plafonds laissés à l’air libre, des petites loggias débordantes de plantes ou de magnifiques oriels aux vitres teintées.
Dehors, les derniers étages des bâtiments sont souvent les plus beaux, avec des caryatides ou des atlantes de pierre, de curieux fenestrons…
Et bien sûr, plus haut, le ciel, duquel émane cette lumière si spéciale, zébrée par le vol tranquille des innombrables mouettes.

A bientôt pour d'autres conseils...

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03 novembre 2006

3- LES PAUSES

MusedesAugustins


Méditation.
Tu auras le choix entre t’asseoir à une terrasse de café, sur n’importe quelle place, (elles sont toutes bien ombragées en été), et profiter de l’animation de la ville, sur un des nombreux quais qui longent la Garonne, et qui sont tous assez herbus pour accueillir le promeneur fatigué, ou dans un des jardins qui aèrent la ville, mais je te conseille de délaisser ces endroits ou ta rêverie risque d’être troublée par les nombreux citadins qui les fréquentent, et de t’installer un moment dans le jardin japonais, en face du petit temple, non loin du lac…Là, suivant l’endroit où tu poseras ton regard, tes pensées seront comme les îles de l’espace zen, précises, mais tranquilles comme les tortues du lac, mélodieuses comme la course des nuages et aussi douces pour l’esprit que le petit creux de verdure où tu te seras installé…

Dégustation.
Pour connaître un endroit, il faut en connaître ce dont ses habitants n’imagineraient pas être privés. Je parle de nourriture, et plus exactement de saveurs..
Ne te dirige pas vers les restaurants qui dispensent une cuisine succulente et bien de la région, mais que tu trouveras tôt ou tard dans ton assiette.
Va directement dans une des nombreuses chocolateries de la ville. Et là, installé à un guéridon au soleil, tu dégusteras ce qui se fait de mieux dans ce pays en matière de chocolat.
Puis, tu iras chez le glacier dont je tairai le nom puisqu’il est interdit de faire de la publicité sauvage, et tu commanderas une coupe composée de plusieurs boules à ta convenance, et qui te seront servies accompagnées de meringues minuscules et délicieuses.
Un peu plus tard, tu pourras entrer dans un de ces salons de thé, où avec les pâtisseries, tu auras choisi un sirop artisanal au nom aussi étrange qu’évocateur, comme le sirop de curaçao… (C’est mon préféré).

Pour moi, cette ville est une ville sucrée, car elle est claire, légère et joyeuse comme un enfant à qui on vient de tendre un sac de friandises. Alors, déguste, mais du sucré, et tout ce que tu verras restera gravé dans ta mémoire, avec la même puissance que les premières découvertes de l'enfance, alors qu'on est avide de tout explorer, mais que la vue d'un étalage de confiseur nous fait oublier le monde environnant.
Et n'oublie pas, participer à une fête (et se promener dans cette ville en est une), en effilochant une barbe à papa, rend cette fête inoubliable...

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02 novembre 2006

4- LES INCONTOURNABLES

DSC01065

Regarder.
Pour les monuments historiques et autres musées (et il y en a beaucoup), tu trouveras tous les détails dans n’importe lequel des nombreux guides de visite de cette ville..
Mais en les visitant (et il le faudra), si beaux soient ils, tu n’auras que l’âme du passé, moi, je veux te parler de certains endroits où ne vont pas les cars à touristes :

Rues commençant ou se terminant par une volée de marches, et allant en rétrécissant, si bien qu’aucun véhicule ne peut y accéder …
Une sculpture en hommage au petit Prince de Saint Exupéry dans le jardin royal.
Le marché Saint Sernin où on trouve de tout, sauf des victuailles.
Le marché Saint Aubin, où on trouve de tout, y compris des victuailles.
Le petit promontoire en haut de la cascade, dans le jardin des Plantes, d’où on peut voir sans être vu.
La rue de la Colombette, haut lieu des commerces asiatiques, couronnée tout au bout par la synagogue.
Le kiosque au centre du jardin du Grand Rond où le dimanche après midi, beaucoup de couples viennent danser.
Les quais la nuit, où dans l’eau noire se reflètent les arbres et les lumières.

Plonger.
Et puis, il y a la plongée, profonde ou légère, gourmande ou réservée dans le monde de la lecture et de l’écriture car cette ville est une mine inépuisable pour les amoureux du patrimoine écrit :

1-Tu y trouveras une bibliothèque du patrimoine, une médiathèque et 21 autres bibliothèques si mon recensement est exact,
Mais dans cette ville, les livres aiment sortir.
Deux fois par semaine par exemple, il suffit de s’inscrire à la bibliothèque du patrimoine, pour avoir droit à une présentation de documents originaux du VIIème siècle à nos jours par un bibliothécaire spécialiste. Ce qui permet d’approcher (et pas seulement au travers d’une vitrine.) des manuscrits enluminés du Moyen Age, premiers imprimés de l’époque de Gutenberg, livres d’artistes, partitions de musique anciennes...
Près de 4000 manuscrits y sont conservés, dont 500 en parchemin décorés de lettrines ou de fines enluminures.
Dans un autre registre, il y a aussi, deux très belles collections anciennes, qui témoignent des importantes communautés juives et russes qui y vécurent..

2- Il y a 73 librairies, dont 11 d’éditions anciennes, et je suis sûre d’en oublier… Je crois que cette ville peut satisfaire le plus exigeant des amateurs.

Peut-être auras tu envie d’aller pour une soirée à la cave à poésies, mais tu constateras, que comme je te l’ai dit plus haut, ici, les livres aiment le soleil. Partout, sur les bancs, les parapets, l’herbe, tu croiseras des lecteurs qui combinent bain de foule et lecture. Beaucoup de bars, sont des « bars à bouquins », où en même temps que ta consommation, tu peux choisir un livre et l’emmener en terrasse. L’art de marier les plaisirs est une tendance très répandue chez les habitants.
Pour ma part, je ne connais pas de plus grand bonheur que d’emmener un livre dans un cloître, et là, assise contre un pilier, environnée du bruit assourdi de la ville, savourer les phrases et de temps à autre, lever le nez des pages pour contempler les lieux, et apprécier la chance que j’ai de pouvoir lire dans cet espace dédié au recueillement.

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01 novembre 2006

5- FINALEMENT

Toulouse_20au_20coucher_20du_20soleil


En lisant mes conseils, tu sais maintenant ce que tu dois mettre dans ta besace à visites.
Une bonne paire de chaussures de marche, ainsi qu’un vêtement peu fragile pour les pauses sur l’herbe.
Un coussin pour appuyer ta tête, si couché sur l’herbe, tu veux être tout à fait détendu pour contempler le ciel.
Des lunettes de soleil.

Ne le charge pas trop ce sac, car au cours de tes pérégrinations, tu y ajouteras j’en suis sûre des friandises, et des livres trouvés sur place.

En réalité, le plus important, sera un cahier, avec d’un côté, des pages pour écrire tes impressions, et de l’autre, des pages blanches où coller photos et cartes postales.

Tu compareras ce que tu as découvert et ressenti, avec ce que je t’en ai écrit.
Peut-être exploreras tu des endroits que je ne t’ai pas signalés, et que tu feras l’impasse sur ceux que je t’ai cités.
En goûtant les chocolats, peut-être penseras tu avec nostalgie aux sucres à la crème et autres douceurs de ta région.

Mais je ne crois pas qu’à aucun moment, tu te sentiras étrangère à cette ville, car elle est ouverte et agréable comme une amie, rose et secrète comme la douceur, liquide et vivante comme un océan, patiente et riche comme tous les trésors qu’elle contient.

Pour finir, je cèderai la parole à Claude Nougaro qui l’a magnifiquement chantée.

TOULOUSE

Qu'il est loin mon pays, qu'il est loin
Parfois au fond de moi se ranime
L'eau verte du canal du Midi
Et la brique rouge des Minimes

Ô mon pays, ô Toulouse, ô Toulouse

Je reprends l'avenue vers l'école
Mon cartable est bourré de coups de poings
Ici, si tu cognes, tu gagnes
Ici, même les mémés aiment la castagne

Ô mon pays, ô Toulouse

Un torrent de cailloux roule dans ton accent
Ta violence bouillonne jusque dans tes violettes
On se traite de con à peine qu'on se traite
Il y a de l'orage dans l'air et pourtant

L'église Saint Sernin illumine le soir
Une fleur de corail que le soleil arrose
C'est peut-être pour ça malgré ton rouge et noir
C'est peut-être pour ça qu'on te dit Ville Rose

Je revois ton pavé, ô ma cité gasconne
Ton trottoir éventré sur les tuyaux du gaz
Est-ce l'Espagne en toi qui pousse un peu sa corne
Ou serait-ce dans tes tripes une bulle de jazz ?

Voici le Capitole, j'y arrête mes pas
Les ténors enrhumés tremblent sous leurs ventouses
J'entends encore l'écho de la voix de papa
C'était en ce temps-là mon seul chanteur de blues

Aujourd'hui, tes buildings grimpent haut
A Blagnac, tes avions ronflent gros
Si l'un me ramène sur cette ville
Pourrai-je encore y revoir ma pincée de tuiles

Ô mon pays, ô Toulouse, ô Toulouse

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26 octobre 2006

CERISES

cerises

Photo de Domdel

Texte de Renard

Depuis qu’ils étaient arrivés, elle était restée blottie contre lui, la tête nichée dans le creux de son épaule. Ils avaient tous voulu l’embrasser, et en maintenant cette position, ils n’avaient pu qu’effleurer vaguement le sommet de sa tête de leurs lèvres avides.
Pourquoi attirait elle ainsi les velléités d’embrassades !!!!

Puis, les adultes s’étaient mis à discuter entre eux, faisant circuler des verres à moitié pleins d’un liquide jaune…

N’étant plus le centre de l’intérêt, elle commença à se redresser.
D’abord, elle ne put détacher son attention des trois soliflores rouges alignés derrière la vitre. La couleur, les formes, lui plaisaient beaucoup, et elle eut envie de demander à son père de la poser afin de s’en approcher, mais n’en fit rien, car elle s’aperçut que dans cette position élevée, elle pouvait voir ce qu’il y avait sur la table, et surtout dans le saladier qui s’y trouvait.

Des boules rouges !!! Elle se souvenait qu’il y avait longtemps, un autre été, sa mère lui en avait donné à goûter, et que c’était délicieux…

Cerises !!! C’est le mot que sa mère avait utilisé..

Celles-ci étaient inaccessibles, car dans les bras de son père, elle ne pouvait les atteindre, et si elle avait été par terre, elle aurait été plus petite que la table..

Alors, elle changea d’attitude. Chaque fois qu’un adulte la regardait, elle souriait et ses yeux se dirigeaient vers la jatte.
Mais, personne ne faisait attention à son manège.

Les discussions s’éternisaient, et les yeux rivés sur les fruits, elle commençait à s’impatienter.
Au bout d’un moment qui lui sembla interminable, elle comprit que ses parents se préparaient à partir…Elle attendait…

Lorsque toutes les mains furent serrées, les baisers échangés, au moment où toujours dans les bras de son père, elle le sentit opérer un mouvement qui allait les éloigner des fruits rouges, elle lança à la cantonade :
« De toutes façons, j’en voulais pas de vos cerises »

Au silence stupéfait qui s’ensuivit, succéda un grand branle bas et elle eut droit à des exclamations, des rires, des excuses…
......................................................................

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25 octobre 2006

LARMES

femmes0

Evelyne devait être hospitalisée, et il avait été décidé que Tania l'accompagnerait, non seulement pour assister à son réveil après l'intervention, mais aussi pour l'aider jours et nuits, tant qu'elle ne serait pas assez valide pour être autonome.

Tout se passait remarquablement bien, l'opération avait été un succès, la volonté d'Evelyne faisait le reste. Plus les jours passaient, et plus Tania pouvait s'aménager des moments de solitude pour lire, réfléchir, et de préférence, au soleil dans le parc de la clinique.

Ce jour là, levant les yeux de son livre, Tania remarqua une jeune femme, vêtue d'un jean trop serré pour ses formes plus qu'épanouies, et d'un tee-shirt qui semblait avoir rétréci au lavage. Ses cheveux étaient ramassés en queue de cheval sur la nuque, mais des mèches grasses s'en échappaient. La bandoulière d'un sac avachi en toile bleue battait ses hanches.

De là où elle se trouvait, Tania ne pouvait distinguer son visage, elle vit simplement la femme s'approcher d'un banc un peu écarté, laisser glisser le sac jusqu'à terre, s'affaler sur le siège, et, collant la tête à la peinture usée, se mettre à pleurer à gros sanglots.

Tout son corps déformé était secoué de chagrin, elle se collait au banc, comme un tout-petit s'enfonce dans la poitrine de sa mère lorsqu'il est malheureux.

"Comme un tout petit", Tania se retrouva debout, livre fermé, sans y avoir réfléchi. Elle marchait vers ce chagrin, celui qui laisse chacun démuni, et le transforme en tout-petit.

S'arrêtant près de la femme, elle se pencha, ramassa le sac auquel cette dernière tournait le dos, le posa sur le banc, et s'asseyant près d'elle, dit simplement:
-"Nous ne nous connaissons pas, je ne suis pas du coin et il y a peu de chances que nous nous revoyons un jour. Alors, si ça ne va pas, vous pouvez me parler."
-"Je viens d'apprendre que ma mère est en phase terminale, elle ne s'est jamais plainte, je l'ai juste accompagnée pour des examens." lui répondit un coeur qui débordait.

Elles se retrouvèrent enlacées.
Sans se déprendre, sans parler, juste le temps de permettre au chagrin de desserrer son étreinte.
Puis, la jeune femme se redressa, renifla, s'essuya les yeux d'un revers de main, et dit:
-"Merci, je vais retourner la voir."

Tania la regardant s'éloigner, songea alors qu'elle n'avait toujours pas vu son visage.

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14 octobre 2006

LE GEAI

banc

Je suis dans le jardin avec mes chiens. Il fait beau et chaud.

Je décide donc de faire une pause sur un banc placé sous un immense mûrier.

En été, je ne m'y installe jamais, car les mûres sont si nombreuses à tomber dès qu'elles sont à point, que le banc et les alentours en deviennent couleur parme, ce qui fait craindre pour les vêtements.

Ce matin, un geai a décidé de fêter le soleil, et il s'en donne à coeur joie.

Il chante, il chante, il chante...sans arrêt.

Un seul problème, il chante faux...

Certains oiseaux pas loin et peu nombreux il faut reconnaître, essaient de suivre, et je devine que ce geai là à du bénéficier du piston d'un oiseau influent pour obtenir ce poste de maître de choeur malgré la tumeur qui croît de toute évidence sur ses cordes vocales...

Au bout d'un moment, n'en pouvant plus, je dis à voix haute: "mais ce qu'il chante faux cet oiseau!"

Et bien, croyez moi ou pas, mais il a du comprendre, et.... se vexer, car les dix minutes suivantes où je suis restée sur le banc, il n'a plus émis un son...

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