29 mai 2007
VOYAGE

Photo de Domdel
Texte de Renard
Je trouve que les parents ne savent pas voyager!
Lorsqu'ils m'ont dit que nous irions visiter la Bohème, j'ai sauté de joie.
J'avais déjà ma petite idée sur ce que je pensais voir, et à mesure que le trajet se déroulait, mon excitation allait croissante.
A l'école, j'avais promis à quelques camarades de leur rapporter des souvenirs.
Une photo de moi, prise sur le plus haut manège d'un de leurs parcs d'attractions pour ma meilleure amie, un emballage de chez Mac-Donald écrit en allemand à ma deuxième meilleure amie, et pourquoi pas un chaton pour ma troisième meilleure amie.
Ma mère prétend que ce ne sont pas des "souvenirs représentatifs" d'un voyage, mais je sais mieux qu'elle ce qui leur fera vraiment plaisir.
Mais au lieu de nous rendre dans les endroits auxquels j'avais pensé, nous sommes allés dans des restaurants "typiques" comme disent les grands, nous errons de monument en monument, et je m'ennuie ferme.
Heureusement, dans celui-ci, le carrelage est suffisamment original pour que je puisse m'en servir.
Je vais sauter à cloche-pieds d'un carreau à l'autre, en essayant de ne jamais aller sur les bandes plus sombres. Ce ne sera pas facile, car en même temps, je devrai contourner les colonnes en changeant de sens à chaque fois.
Si j'ai le temps de jouer suffisamment longtemps, je serai incollable sur l'état du carrelage et le nombre de colonnes de cette galerie de Karlovy Vary, et dans des années mes parents seront tout heureux de constater que je me souviens encore dans le détail de ce monument et de son nom.
Et je m'apercevrai alors qu'il suffit parfois d'un bon moment passé dans un lieu pour le garder en mémoire toute sa vie...
11 mai 2007
ABANDON

Photo de Domdel
Texte de Renard.
J'ai été jeune et fraîche. Oh, pas une beauté comme ces stars qui font la une de certains magazines. Seul mon toit avec sa drôle de cheminée pouvait attirer le regard. Mais que de beaux moments j'ai vécus!
Bien campée dans la lande près d'un étang. Mon crépi était clair, et de la porte ouverte jaillissaient des rires.
Petit à petit pourtant, le temps a fait son oeuvre. Et mes habitants se sont mis à m'apprécier de moins en moins, alors, ils ont commencé à me trouver trop..., trop discrète, trop simple, trop démodée, trop...
Un jour, ils sont partis...en m'assurant qu'ils me rendraient visite le plus souvent possible...
J'ai attendu...j'attends encore...Petit à petit, mon toit s'est affaissé, car de résignation, j'ai baissé les épaules. La couleur de mes murs est maintenant tout sauf attirante, car les larmes ont brouillé mon teint.
Un gros arbre a profité de mon désarroi pour me bousculer..Et l'étang est en train de s'asphyxier faute de soins..
Même le chemin qui mène à moi est devenu impraticable à force de ne plus être utilisé. C'est vrai qu'en général, vieillesse engendre décrépitude, et que cette dernière attire souvent la solitude....
Mais je les comprends, ils ont si peu de temps...
S'ils revenaient me voir, je pense qu'ils se diraient que je n'ai vraiment plus rien de commun avec celle dont ils se souviennent, mais pourvu qu'ils ne tardent pas trop, car peut-être que moi aussi, je les trouverais trop changés pour les reconnaître...
29 avril 2007
RACINES

Photo de Domdel
Texte de Renard
Souvent je considère les gens qui se disent natifs de la région où ils vivent, avec une pointe de nostalgie.
Pouvoir se dire : « je suis d’ici » née ici, dans une maison de famille construite avant moi, des voisins de toujours et, pourquoi pas, quelques tombes que je connais, avec le même nom de famille que le mien gravé dessus.
Citer le nom de département où je suis née, le lieu d’où j’arrive, celui où j’ai vécu avant, celui où je me trouve actuellement, et celui que j’aime ne signifient rien. J’aime la terre en général, et la France en particulier. Si j’aime ce pays, c’est parce que je le connais un peu mieux que les autres, et que j’en parle couramment la langue. Mais, si ce pays devenait peuplé d’imbéciles, je serai prête à lui préférer n’importe quel autre pays, et n’importe quelle autre langue avec enthousiasme.
Il est des endroits, où, bien que les trouvant magnifiques, je n’ai jamais pu me sentir chez moi.
Par contre, il est des ailleurs, où d’emblée, je me sens en accord avec tout et chacun. Où la lumière est belle, où les gens rencontrés ont cette lumière en eux. Des gens qui, dès le premier contact, me demandent, mon prénom, si j’aime les chiens, et si ils peuvent compter sur moi pour rester dans le coin.
Mais, il est des endroits, où sévit une certaine catégorie de personnes. De celles qui ont le don de me faire me sentir transparente, et dont le regard ne cesse de me traverser que lorsque le besoin (pour eux) s’en fait sentir. Près de ces gens, je me sens gauche, empruntée, moche, et en même temps folle de rage de me sentir ainsi, car je sais que ce n’est pas vrai, que je ne suis pas comme ça.
Mais je ne suis pas de leur coin, je n’ai pas usé mes fonds de culottes sur le même banc d’école qu’eux…
Ca commence comme ça, les différences…on est né sous un clocher comme eux, mais à plusieurs kilomètres…
25 avril 2007
JEUX

Photo de Domdel
Texte de Renard
Je me demande si celui qui a construit cette immensité criarde connait les enfants.
Peut-être qu'il n'a rencontré que ceux de Gargantua!
Ou alors, il connait les enfants, les aime trop, en fait trop et du coup va à l'encontre de ce qu'il voulait..
Quel est le tout petit qui ne va pas mourir de peur s'il est laché là-dedans!
D'accord, c'est souple, tout plein d'air pour amortir les chutes, mais quand même, il tomberait de haut le pauvre.
Sans compter qu'avant de tomber, il se sera déjà mis à hurler en voyant les poissons et autres bestiaux qui décorent l'ensemble....ils sont plus grands que nature ces animaux!
Et les couleurs! Qui a dit que les enfants aimaient ces teintes fluorescentes?
D'autres avaient déjà transformé les abords de la mer en "béton-bitume-plage", il ne manquait plus que cette construction pour parapher le tout...
Sans compter tout ce beau sable pour faire des pâtés irrémédiablement interdit par cette clôture!
Je préfère regarder de l'autre côté.
27 mars 2007
PETITS APARTES

Photo de Domdel
Texte de Renard
Cela fait des années que je glisse silencieusement sur ces eaux vertes.
Silencieusement, pour moi, bien sûr! Car, si vous saviez tous les sons qui ont jailli de ma coque, poussés par ceux que j'ai transporté!
J'ai eu droit à des gémissements de prisonniers qui étaient menés en prison, et souvent aux paroles rudes de leurs geoliers.
Des soupirs aussi, j'en ai entendus...., mais de bien-être ceux là. Des déclarations d'amour, des promesses...tiens, j'aimerais les revoir pour constater ce qu'ils sont devenus ces beaux serments!
Des chants...Les gondoliers qui pour faire "couleur locale" donnaient de la voix (pas toujours juste) en manoeuvrant les godilles, mais je trouvais ça plutôt attendrissant..
Des exclamations...Les grappes de touristes qui visitent Venise, et se croient obligés de montrer bruyamment leur enthousiasme!
Et puis...Des silences... Je déteste!
Souvent, des gens qui voulaient faire cette promenade depuis si longtemps, que lorsqu'ils y arrivent, le temps a fait son oeuvre. Ils sont déçus, ou fatigués, ou simplement désenchantés. Ils avaient tant rêvé de parcourir la lagune tendrement blottis contre une épaule aimée..., et ils se retrouvent assis seuls ou à côté de quelqu'un qu'ils n'ont plus envie de toucher...
Du rêve de jadis, il ne leur reste plus que le moyen de le réaliser, mais pas dans les mêmes conditions...
Ah ces humains, qui ne comprennent pas que les rêves en vieillissant peuvent parfois devenir sinon des cauchemars du moins des moments décevants...
16 mars 2007
BOUDERIE

Photo de Domdel
Texte de Renard
Ce que j'aime avec ce coin de jardin, c'est qu'il n'est pas "paysagé" comment disent les parents. Du coup, personne n'y vient jamais, et je peux m'y réfugier quand je veux être tranquille..., ou me faire oublier..., ou bouder....
Et pour bouder, franchement, j'ai de bonnes raisons.
Il y a des mois que je réclame un chien, un âne, et un hamster. Ce n'est pourtant pas compliqué, je les ferai dormir près de moi, je leur donnerai à manger, et ils m'accompagneront partout.
Mais avec mes parents, tout est toujours difficile. Ils prétendent qu'un âne ne dort pas dans une maison, qu'un hamster ne suit pas sa maîtresse partout, et qu'un chien ne s'entendrait pas forcément avec le chat de ma soeur.
Il n'y en a que pour ce chat, il a tous les droits, et c'est presque toujours à cause de lui que j'ai des problèmes. Il m'agace ce Gatt!
Tenez ce midi, je suis sûre qu'il a fait exprès. Il y avait des côtelettes au repas, et je n'aime pas la viande. D'ordinaire, je coupe ma part en petits bouts, et je la donne discrètement à Gatt qui vient toujours se placer près de moi pour récupérer ce que je n'aime pas, ça fait des mois que nous fonctionnons comme ça. Ma soeur, elle, avale tout ce qu'on lui sert et des fois elle en redemande...Et bien, ce midi, il en a mangé un peu, puis il est allé se placer près de ma mère et a posé sur le sol le morceau que je venais de lui tendre.
Le drame qu'il a déclenché!.
"Ce chat sera malade par ta faute" a dit mon père, ma soeur pleurait en disant que c'est parce que je voulais que Gatt me préfère à elle...et ma mère a décrété que si je donnais ma viande je ne devais plus avoir faim, et que je serai donc privée de dessert.
Oui, je crois que je devrais le noyer le Gatt.
Mais pour l'instant, j'ai intérêt à me faire oublier...
J'en profite pour bouder..
24 février 2007
TEMPETE

Photo de Domdel
Texte de Renard
Certains jours, tout semble couler de source, elle a réussi à se prendre une heure à elle avant de sonner le réveil de la maisonnée, la journée s'annonce ensoleillée, et les enfants ne rechignent pas trop au petit déjeuner.
D'autres jours s'annonçent houleux dès le départ. Comme si elle avait décidé d'élever des orchidées au milieu d'un ouragan, comme ce verger battu par la tempête qu'elle regarde de la fenêtre.
Pourquoi est-ce si compliqué? Et bien par exemple, réaliser un plat lorsqu'on vit dans un lieu possédé par des enfants et des chiens relève de la haute voltige si on veut à la fois les surveiller, les intéresser, préserver les locaux, et surtout faire en sorte qu'en fin de préparation il reste quelque chose à servir.
Pour que vous compreniez la technique, je vous mets ici comment faire de petites pizzas. Comme vous pourrez le constater, c'est simple: pendant le cyclone, on gère, après, on respire.....
Abaissez longuement votre pâte brisée que vous aurez préparé pendant que tout le monde dormait. Pour cela, utilisez un rouleau légèrement fariné. Attention, lorsque vous écarterez les petites mains qui essaient de vous aider, ne vous servez pas du rouleau. Allumez le four, et rappelez à chacun qu'il risque de se brûler s'il s'en approche.
Découpez la pâte en rectangles de cinq centimètres sur dix environ, et cachez le deuxième couteau pour lequel les deux grands qui se sentent capables de vous remplacer sont en train de se disputer.
Trempez chaque rectangle de pâte dans l'huile et disposez les sur la plaque du four.
Essuyez le plus petit qui a voulu goûter au bol contenant l'huile et s'en est mis partout, et excusez vous aussi auprès du chien sur la patte duquel vous avez marché en vous ruant vers l'enfant.
Distribuez équitablement les rognures de pâte entre gamins et toutous, et tout en veillant à ce que les enfants ne récupèrent pas la part des chiens, faites revenir dans la poêle viande hachée, tomate, tabasco, oignons, pignes de pin et sel.
Quand le mélange a pris une jolie couleur, mettez-en la valeur d'une cuillère à soupe sur chaque morceau de pâte et tout en respirant profondément répétez plusieurs fois à chacun que c'est chaud et que non, ce n'est pas terminé.
Normalement, si les enfants ne les ont pas liquidés, saupoudrez chaque pizza avec le reste de pignes de pain et mettez le tout au four.
La cuisson est rapide: environ dix minutes, ce qui vous laisse assez de temps pour nettoyer le plan de travail, les enfants, la poêle, et aller décoller les morceaux de pâte sur le tapis du salon.
Au bout de ce temps, retirez les pizzas du four, et mettez les sur le plat de service pour qu'elles tiédissent. Un conseil: prenez un livre, servez vous à boire et installez vous pour monter la garde car si vous vous éloignez, vous risquez d'entendre le brusque hurlement d'un qui s'est brûlé en essayant d'anticiper la dégustation.
Et appréciez...toutes les tempêtes ont une fin..
11 février 2007
VOYAGE

Photo de Fée Lia
Texte de Renard
Une fois que le train a démarré, j'ai compris que je n'avais plus le contrôle, que même si je changeais d'avis, je ne pourrai pas l'arrêter, ni le faire rebrousser chemin, et plus il avançe, plus j'ai l'impression que mes pensées reculent.
Mes pensées, elles, sont restées en arrière, sur le quai où j'ai fait mes adieux, dans la voiture qui m'a conduite vers la gare, dans la maison qui m'a accueillie, et même dans la lumière de ce court séjour que je viens de vivre.
Le soleil qui darde ses dernières braises vers mon wagon, tout en déployant des voiles rosés sur le ciel, n'arrive pas à empêcher que mes yeux ne voient que les aurores tièdes qui dès l'ouverture des volets nous annonçaient une belle journée.
Un employé des chemins de fer pousse un chariot chargé de sandwiches et de boissons dans l'allée centrale, et je suis encore assise devant la table longue sous les arbres autour de laquelle les repas se prolongeaient tard l'après-midi, ou debout près de celle de la cuisine où avec des mines complices, des confidences et des rires, nous préparions ensemble les repas.
Je sais la ville qui m'attend, l'arrivée dans l'appartement vide, la reprise des obligations. Et je reste mentalement dans le farniente des vacances, leur liberté...
Le train roule, moi, je reste sur place. Au moment où j'entendrai la voix synthétique clamer dans l'habitacle que nous arrivons à X, et qu'il y aura trois minutes d'arrêt, je sais que je me lèverai et qu'à la seconde où j'aurais empoigné mon bagage, l'acuité de mes souvenirs ne sera plus la même, et qu'elle fera place au présent.
Mais pour l'instant, l'incroyable se produit, le train dans lequel je suis assise, avance, mais sans moi...
07 février 2007
TENTATIVE

Photo de Didith
Texte de Renard
Les parents se détendent sur la pelouse, j'ai réussi à échapper à leur attention et pour la première fois de ma vie peut-être je suis très loin d'eux. C'est vrai, j'ai fait au moins deux mètres, mais ça n'a pas été simple!
Jusque là, c'était relativement aisé, car l'herbe était tendre à mes genoux. Ah oui, j'ai oublié de vous préciser, j'avance à quatre pattes et malgré ça, il arrive que je m'effondre à plat ventre si je rencontre une motte de terre plus haute que les autres. Ce n'est pas que je déteste, non, j'en profite pour goûter ce qu'il y a autour de moi: la terre, les brins d'herbe...j'ai même essayé de sucer un hanneton une fois, mais ma mère qui doit avoir un radar, a surgi juste avant la dégustation pour me l'enlever.
Pour en revenir à l'instant présent, devant moi, il y a un chemin sans trop de cailloux, et au début de celui-ci, se dresse une bâtisse avec un escalier.
Si je réussis à m'approcher de cette volée de marches, en me cramponnant, je réussirai peut-être à me mettre debout. Et hop, vaincue la loi de la pesanteur qui attire irrésistiblement mon postérieur vers le sol.
Je ne vais pas perdre de temps à regarder en arrière pour voir s'ils sont occupés, il vaut mieux que je m'applique à ramper vigoureusement, .........plus que quelques efforts et j'y ser......ça y est, j'entre en lévitation......et me voilà dans ses bras "ROSALIE...NON...pas sur le chemin, c'est sale et tu risques de te blesser sur les cailloux"
Quand je vous parlais de son radar!
05 février 2007
JARDINS

Photo de Domi
Texte de Renard
Ce que je peux aimer cette cour, elle recèle tant de possibilités.
Tandis que j'y entassais les tôles encombrantes, j'imaginais des rangées d'éléagnus tout le long du grillage, car même leur feuillage sent bon, et leurs lumineuses petites fleurs blanches éclairent les haies qu'elles émaillent. Puis, je divisais mentalement l'espace en carrés délimités par des buis, dans lesquels je cultiverais des plantes rares. J'aurais composé un ravissant jardin à la française.
Lorsque j'ai déposé le vieux sommier, je me suis dit que peut-être au lieu de mettre des cultivars précieux, dans les carrés de buis, il serait plus judicieux d'opter pour un assortiment de fontaines avec jets et cascades bien sûr. J'obtiendrais un jardin d'eaux à l'ambiance rafraîchissante l'été.
En ajoutant le vélo, j'ai réalisé que si je remplaçais les carrés de buis par des mixed borders de fleurs champêtres, au dessus desquels je fixerais des fascines afin que les volubiles et autres lianes puissent grimper, et que je traçais des allées étroites et sinueuses, ça donnerait l'impression d'être dans un parc à la végétation variée poussant dans une pseudo liberté. Un jardin anglais c'est tellement romantique.
Ce matin, en y traînant la vieille gazinière je me disais que finalement, j'allais opter pour trois ou quatre gros rochers et du sable bien ratissé autour, rien d'autre, j'aime tant la pureté d'un jardin zen.
Demain, je dois aller prendre en charge et amener jusqu'ici un motoculteur hors d'usage dont j'ai promis de débarrasser un ami...Rien qu'en l'imaginant ici, je vois une pelouse, avec juste un bel arbre au milieu, ou deux...une petite futaie quoi!....
Les plus beaux jardins ne sont-ils pas ceux dont on rêve..!