16 mars 2007
BOUDERIE

Photo de Domdel
Texte de Renard
Ce que j'aime avec ce coin de jardin, c'est qu'il n'est pas "paysagé" comment disent les parents. Du coup, personne n'y vient jamais, et je peux m'y réfugier quand je veux être tranquille..., ou me faire oublier..., ou bouder....
Et pour bouder, franchement, j'ai de bonnes raisons.
Il y a des mois que je réclame un chien, un âne, et un hamster. Ce n'est pourtant pas compliqué, je les ferai dormir près de moi, je leur donnerai à manger, et ils m'accompagneront partout.
Mais avec mes parents, tout est toujours difficile. Ils prétendent qu'un âne ne dort pas dans une maison, qu'un hamster ne suit pas sa maîtresse partout, et qu'un chien ne s'entendrait pas forcément avec le chat de ma soeur.
Il n'y en a que pour ce chat, il a tous les droits, et c'est presque toujours à cause de lui que j'ai des problèmes. Il m'agace ce Gatt!
Tenez ce midi, je suis sûre qu'il a fait exprès. Il y avait des côtelettes au repas, et je n'aime pas la viande. D'ordinaire, je coupe ma part en petits bouts, et je la donne discrètement à Gatt qui vient toujours se placer près de moi pour récupérer ce que je n'aime pas, ça fait des mois que nous fonctionnons comme ça. Ma soeur, elle, avale tout ce qu'on lui sert et des fois elle en redemande...Et bien, ce midi, il en a mangé un peu, puis il est allé se placer près de ma mère et a posé sur le sol le morceau que je venais de lui tendre.
Le drame qu'il a déclenché!.
"Ce chat sera malade par ta faute" a dit mon père, ma soeur pleurait en disant que c'est parce que je voulais que Gatt me préfère à elle...et ma mère a décrété que si je donnais ma viande je ne devais plus avoir faim, et que je serai donc privée de dessert.
Oui, je crois que je devrais le noyer le Gatt.
Mais pour l'instant, j'ai intérêt à me faire oublier...
J'en profite pour bouder..
05 février 2007
JARDINS

Photo de Domi
Texte de Renard
Ce que je peux aimer cette cour, elle recèle tant de possibilités.
Tandis que j'y entassais les tôles encombrantes, j'imaginais des rangées d'éléagnus tout le long du grillage, car même leur feuillage sent bon, et leurs lumineuses petites fleurs blanches éclairent les haies qu'elles émaillent. Puis, je divisais mentalement l'espace en carrés délimités par des buis, dans lesquels je cultiverais des plantes rares. J'aurais composé un ravissant jardin à la française.
Lorsque j'ai déposé le vieux sommier, je me suis dit que peut-être au lieu de mettre des cultivars précieux, dans les carrés de buis, il serait plus judicieux d'opter pour un assortiment de fontaines avec jets et cascades bien sûr. J'obtiendrais un jardin d'eaux à l'ambiance rafraîchissante l'été.
En ajoutant le vélo, j'ai réalisé que si je remplaçais les carrés de buis par des mixed borders de fleurs champêtres, au dessus desquels je fixerais des fascines afin que les volubiles et autres lianes puissent grimper, et que je traçais des allées étroites et sinueuses, ça donnerait l'impression d'être dans un parc à la végétation variée poussant dans une pseudo liberté. Un jardin anglais c'est tellement romantique.
Ce matin, en y traînant la vieille gazinière je me disais que finalement, j'allais opter pour trois ou quatre gros rochers et du sable bien ratissé autour, rien d'autre, j'aime tant la pureté d'un jardin zen.
Demain, je dois aller prendre en charge et amener jusqu'ici un motoculteur hors d'usage dont j'ai promis de débarrasser un ami...Rien qu'en l'imaginant ici, je vois une pelouse, avec juste un bel arbre au milieu, ou deux...une petite futaie quoi!....
Les plus beaux jardins ne sont-ils pas ceux dont on rêve..!
30 janvier 2007
CANARI POUR LA SOIF

Photo de Domdel
Texte de Renard
Le bras de mer est traversé, le sac est posé.
Après cette longue marche, elle apprécie la fraîcheur ombrée de la grotte.
Celle-ci est divisée en plusieurs anfractuosités, dans l’une d’elles, une jarre en terre pleine d’eau est recouverte d’un plateau en métal sur lequel est posé un gobelet du même métal.
Cette jarre est si rustique, que sa base n’en est même pas stable et elle a du la caler avec de petits cailloux.
Juste au dessus, pour souligner la rupture opérée, elle a accroché une publicité vantant les bienfaits d’une bière avec des mots de gagneurs. Consommer ce breuvage amènerait la puissance paraît’il !
Cette affiche est le symbole de ce qu’elle a quitté…
Son regard se promène sur les parois, la roche est blonde à peine rosée, une couleur d’aube, d’apaisement, d’isolement… A la contempler, elle sent la fatigue s’estomper, et une grande paix l’envahir.
Elle se dirige vers son sac, l’ouvre, et pendant qu'elle en sort un à un bien précautionneusement les livres dont il est plein, elle se remémore la phrase de Cossery:
"Se couper de l'humanité, c'est risquer dans l'éloignement, de lui trouver des circonstances atténuantes."
27 janvier 2007
PENNY

Photo de Lucy
Texte de Renard.
Ce que je me sens bien là!
Contrairement aux apparences, je suis bien calée, la moitié arrière de mon corps loge toute entière dans la main qui me soulève.
Et cette tendresse que je sens me chauffer le dos.
Depuis que je suis dans cette maison, j'ai une haute opinion des humains, ils sont attentifs, attentionnés, efficaces.
Il ya bien eu l'épisode des vaccinations, je n'ai pas trop aimé, mais il y avait leur voix chaude et douce pour me rassurer.
Comme je vais les aimer! Comme je les aime déjà!
Quand j'aurai grandi, c'est moi qui les rassurerai.
Je serai toujours là pour eux.
Ils m'ont appelée Penny, mais ils auraient aussi bien pu m'appeler Amour.
21 janvier 2007
FIL

Photo de Domdel
Texte de Renard
C'est juste au moment où je m'élançais, que ça s'est déclenché.
J'ai avancé un pied sur le fil, et j'ai vu que mon lacet était défait. mais, vous le savez vous, amis funambules, le statique est ennemi de l'équilibre.
Alors, j'ai avancé l'autre pied, et... l'autre lacet aussi pendait...
J'ai continué, mais ce n'était vraiment pas facile, car il fallait que je fixe loin devant pour garder la trajectoire, et dans le même temps, que je surveille ce qui se passait au niveau du fil.
Bien entendu, ça n'a pas raté, à un moment, comme je lançais ma jambe en avant, j'ai senti une résistance: les lacets des deux chaussures s'étaient liés d'amitié. alors, pour ne pas tomber, j'ai exécuté un saut de carpe qui m'a permis d'extraire mes extrémités de leur prison, et grâce à mon fameux saut de l'ange, j'ai atterri en souplesse et en beauté sur le trempoline placé en dessous.
Depuis, je viens régulièrement les regarder car il faut que je trouve un moyen de les récupérer.
Vous me direz: "il suffit de refaire le trajet", oui, mais ce trajet, justement, je ne sais le faire qu'avec ces souliers.
16 décembre 2006
A ROUEN

Photo de Domdel
Texte de Renard
Pour mon mariage, je porterai la coiffe qui est au fond de la vitrine, celle qui est accompagnée de kilomètres de tulle.
Je pourrai me cacher dessous, et personne ne verra ma jeunesse, ma joie, mon exubérance, mes espoirs et mon innocence…
J’ai vingt ans quand même !
Personne ne devinera que j’ai envie de sauter comme un cabri, de rire aux éclats à la barbe du maire, ou de murmurer un petit « NON », (oh, juste une fois et tout doucement), pour créer un mini scandale et que tout le monde se souvienne de ce jour.
Lorsque je me marierai, je choisirai le chapeau vert, celui qui est juste à côté de la pièce montée en Tulle.
Pourquoi les mariées tiennent t’elles tant à ressembler à des montagnes de chantilly !!!
Le chapeau vert symbole de ma jeunesse à son plein épanouissement, qui laissera deviner, ma détermination, mes choix.. Ce que j’attends de cette nouvelle vie.
Par cette tenue, je laisserai entrevoir la femme efficace que je suis, la mère exemplaire que je saurai être.
Oui, si j’ai attendu d'avoir trente ans, c’est pour que ce jour soit le début d’une longue réussite.
Si je me mariais, j’opterais pour la capeline blanche.
Je n’ai plus vingt ans, mais j’ai encore dans le cœur tant d’espérances!
Après tout, quarante ans, à notre époque, ce n’est pas si vieux !
Ce blanc sera le reflet de tout ce qui est resté intact en moi, tout ce que j’ai su préserver, de toutes les concessions que je n’ai pas fait pour être aimée très vite et pour ce que je ne suis pas.
Il sera la preuve que ça finit toujours par arriver…
Mes envies d’être aimée, de rendre quelqu’un heureux sont aussi forts qu’à mes vingt ans, même si la vie m’a "éduquée".
S‘il arrivait que je convole en justes noces, dans ce cas, la capeline rose foncé tout à fait à droite de la vitrine est exactement ce que je suis maintenant..
J’ai fait le tri dans mes émotions, je sais qu’unir ma vie à quelqu’un serait un engagement bien réfléchi, faisant suite à de longues années d’échanges importants.
Sauter le pas à cinquante ans, ne se fait qu’après de mûres réflexions.
Je suis dans la force de l’âge, je sais le prix du bonheur, ce qu’il faut de maturité pour l’atteindre et le préserver.
Ce rose exprime vraiment bien l’énergie que je mettrai à faire de mon couple le plus harmonieux qui soit.
Sérénité, renoncement et acceptation, n’est ce pas que c’est ce qui vient à l’esprit devant cette capeline mauve (rose indien?) qui est à gauche de la vitrine?
Je sais qu’à soixante ans, ça n’a plus beaucoup de chances de m’arriver, mais pour une union discrète, elle symboliserait bien la tendresse, la promesse de s’accompagner pour ce qui reste, de s’apporter le meilleur, la complicité, la quiétude..
Tailler des rosiers ensemble, partager nos soirées occupés à de petits riens..
Savoir que nous sommes deux quoi!
Elle s’éloigna appuyée sur sa canne, en marmonnant à part elle :
« Cinquante ans que je passe devant cette vitrine, et ils ne l’ont JAMAIS changée!! »
04 décembre 2006
DRAPEAUX

Photo de Domdel
Texte de Renard
Ce qu'ils ont l'air prétentieux ces drapeaux!
Moi, la nuée noire juste au dessus, je me marre...
Ils claquent au vent, ils jouent aux petits soldats...que veulent ils prouver?
Une plage, ce n'est pas plus beau sans ces bouts de tissus plantés par les hommes!
Et plus ça va, plus ils en mettent.
En tête des cortèges, à l'avant des bataillons d'assaut...Ils en ont même mis un sur la lune...Je me marre...
Et eux, les dits drapeaux, ils se croient importants!
Il suffirait que je le décide, et je pourrais leur lâcher une de ces giboulées...
Ils auraient l'air de quoi ensuite hein LES DRA-PEAUX!!!
19 novembre 2006
DECALAGE

"Ma vie déborde, j'aimerais bien que ça change."
Tania jette le ticket de loto, puisque cette fois encore, elle n'a pas coché les numéros qui lui auraient permis de changer de vie.
La voiture est rangée sur le parking, face à l'immeuble.
La jeune femme en sort, la contourne, ouvre la portière arrière, se penche, attrape un sac à main qu'elle ajuste sur l'épaule droite, puis un grand sac à langer qu'elle arrime sur son dos.
Ensuite, elle se redresse, et délicatement, glisse la main et le bras gauche entre le tout petit et le siège auto.
Un instant, elle savoure la chaleur du dos minuscule et son abandon. Puis, elle rabat le capuchon sur la tête duveteuse, et d'une légère pression, la love davantage encore contre elle.
Elle traverse la rue, extirpe une clef de sa poche, l'introduit dans la serrure et pousse la porte.
En face d'elle, un escalier la toise de ses quatre volées de marches.
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Tout doit être pratique explique Tania, pas forcément grand, mais pratique.
Je ne veux pas d'étage, pas de marches à gravir chargée de sacs.
Nous sommes deux maintenant, donc, une chambre pour nous, une pour celui des enfants qui viendra nous voir. De toutes façons, ils ne sont tous à la maison que très rarement.
En ouvrant la porte d'entrée, je veux accéder tout de suite à une salle très claire, avec de grandes baies vitrées, car c'est la vue sur le jardin qui sera le décor.
Il faut que tout soit aisé: les passages d'une pièce à l'autre, l'entretien......
Je veux oublier les locations au quatrième sans ascenseur, où on atterri dans un appartement mangé par les couloirs, mal distribué, mal éclairé, et déjà signé par les traces des autres.
Je ne veux plus avoir à poser mon bébé à peine arrivée, tellement je suis essoufflée.
L'architecte réfrène un mouvement de surprise.
"Je ne savais pas qu'elle élevait son petit-fils!" pense t'il.
Il acquiesce d'un sourire.
Tania arrête la voiture devant le portail, et d'un regard, embrasse l'ensemble: Sa MAISON, Son JARDIN.
Un rêve caressé durant tant d'années, en gravissant tant de marches!....
Les enfants n'y sont encore jamais venus. Ils sont si loin et si rares à présent.
Tania traverse l'allée, extirpe une clef de sa poche, l'introduit dans la serrure et pousse la porte.
La clarté vide de la pièce l'enveloppe comme une brume.
Comme cette brume, elle se sent légère, très légère, trop légère.
Elle se sent vide, creuse, absurde...
Face à ce décor rêvé si longtemps, programmé, organisé, achevé, elle est presque triste.
"Je suis lasse pense t'elle, je me suis donnée à fond, et comme je ne suis plus débordée, la fatigue prend le dessus. Ca ressemble à un baby blues".
Une constatation fulgurante la cloue sur le seuil:
"Oui, en tournant la clef, je suis chez moi. Mais je ne franchirai jamais la porte de MA maison avec un bébé à moi dans les bras!"
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16 novembre 2006
BROCANTE

Photo de Domdel
Texte de Renard
Un pichet, une poupée, une roue de bateau, une lanterne, une brouette, un vélo...Je reconnais et peux nommer chaque objet...ça ne fait pourtant que quelques heures que j'ai débarqué..
Ah qu'y a t'il dans la brouette?
On dirait un humain modèle réduit.
Oui, tout est plus petit, a une apparence plus douce, par contre, le regard a l'air plus vif, plus curieux...
Et puis, il a l'air plus souple aussi.
Depuis que je visite cette planète, enfin, ce déballage, car j'ai atterri juste derrière celle qui fabrique des barbes à papa deux cents mètres plus loin, tout ceux que j'avais vus étaient assis raides sur des chaises, ou debout.
Celui-là, il a l'air de pouvoir mettre ses membres dans des positions plus variées.
Il semble à l'aise dans la brouette.
Ce serait une belle économie de place pour le transport intergalactique, et nous pourrions emmener davantage d'échantillons.
Je vais prévenir le grand conseil, et donner les coordonnées de celui-ci. Ils seront sûrement contents de ma trouvaille.
En attendant, je vais de ce pas arpenter le marché et vérifier s'il s'agit d'un exemplaire unique ou s'il y a d'autres modèles réduits à emporter pour les étudier.
12 novembre 2006
HALTE

Photo de Domdel
Texte de Renard
Les carreaux sont de deux couleurs, aux bords irréguliers, car de toute évidence de fabrication artisanale, les finitions n'ont pas été trop travaillées, regardez les joints. C’est ce côté « tout simple » qui nous a séduit dans cette maison.
Il est merveilleux ce sol, j’ai déjà passé des heures à plat ventre à faire pénétrer du sable dans les fissures grain après grain.
Les meubles aussi sont de facture rustique, comme ce tabouret paillé dont le sommet des pieds est juste scié, il faut faire bien attention en s’asseyant. Avec les vêtements légers de l’été, se cogner à l’un d’eux, et c’est l’hématome assuré.
La paille, c’est rêche au toucher, donc difficile à manipuler. Il m’a fallu des heures pour réussir à arracher quelques liens dans le centre. D’autant plus qu’il me fallait être prudente afin de ne pas être vue, quand il ne restera qu’un lien sur deux, je leur ferai la surprise.
Nous le laissons là pour éviter que la porte, (avez-vous remarqué ce bleu qui fait très terroir ? nous a-do-rons !) ne claque en cas de rafale de vent.
C’est bien que le tabouret soit à l’ombre, pendant qu’ils sont tous au soleil, je peux frotter ses pieds avec un bout de bois dur, là où j’arrive à bien le racler, il devient plus clair, ce sera magnifique…
Je me demande pourquoi cette petite est toujours dans l’entrée, à plat ventre ou assise près de ce tabouret !
Quand j’aurais arrangé ce tabouret, je gratterai la porte, j’ai bien vu qu’il y a des endroits où la peinture s’enlève, ce doit être beau dessous…